Pourquoi planter en bord de cours d’eau est important ?

Les formations boisées présentes le long des cours d’eau, appelées ripisylves, jouent un rôle essentiel dans le bon fonctionnement de nos rivières et ruisseaux. Pourtant, en Wallonie, ces milieux naturels ont souvent été fortement modifiés ou dégradés au fil du temps par l’urbanisation, l’intensification de l’agriculture ou encore par certains aménagements des cours d’eau et des plaines alluviales. Et pourtant, les ripisylves rendent de nombreux services indispensables à nos écosystèmes et à notre territoire. Un rôle dans la prévention des inondations La végétation ainsi que les bois morts présents dans les cours d’eau, contribuent localement à ralentir les écoulements et à retenir une partie de l’eau. Cela permet d’atténuer les pics de crue en aval lors d’épisodes de fortes pluies. Une protection naturelle contre l’érosion Les racines des arbres et arbustes renforcent naturellement la stabilité des berges en maintenant les sols en place. La végétation aide également à ralentir le courant et à limiter l’érosion des berges. Un refuge pour la biodiversité Située à la frontière entre le milieu aquatique et le milieu terrestre, la ripisylve constitue un habitat particulièrement riche pour de nombreuses espèces animales et végétales. Insectes, oiseaux, poissons, amphibiens ou petits mammifères y trouvent nourriture, abri et zones de reproduction.Une amélioration de la qualité de l’eau La végétation agit comme un véritable filtre naturel : elle piège une partie des sédiments en suspension et limite ainsi l’envasement des cours d’eau et des frayères à poissons. Elle contribue également à absorber certains nutriments en excès, comme l’azote ou le phosphore. Un atout face au changement climatique Le changement climatique entraîne notamment une augmentation de la température des cours d’eau ainsi qu’une multiplication des phénomènes extrêmes comme les sécheresses ou les inondations. Les ripisylves jouent ici encore un rôle important : elles apportent de l’ombrage, permettent de maintenir une température plus stable dans les rivières et participent à limiter les impacts de ces événements. Préserver, restaurer et entretenir les ripisylves permet donc d’agir concrètement en faveur de la qualité de nos cours d’eau, de la biodiversité et de la résilience de notre territoire face aux changements climatiques. Une ripisylve équilibrée est généralement composée de plusieurs strates de végétation : herbacée, arbustive et arborée, constituées d’espèces indigènes adaptées à nos milieux naturels. Article rédigé par Caroline Michaux, Chargée de mission Inondation

Saviez-vous que ? Mieux connaitre l’anguille, grande voyageuse de nos rivières

C’est à priori au large de la Floride, dans la mer des Sargasses que tout commence et tout finit pour l’anguille européenne (Anguilla anguilla). Après leur naissance, les civelles, alevins de l’anguille, entament un voyage hors du commun bien avant d’atteindre nos cours d’eau : elles dérivent pendant plusieurs mois, voire années, portées par les courants marins jusqu’aux côtes européennes. Arrivées sur nos littoraux, elles se transforment en anguillettes et commencent leur migration vers les rivières. Elles remontent progressivement les cours d’eau où elles grandissent pendant plusieurs années. Une fois matures, elles entament alors le chemin inverse vers l’océan. Leur destination finale: la mer des Sargasses, après un périple de plus de 5 000 à 6 000 km depuis l’Europe, où elles se reproduisent avant de mourir. Ce cycle de vie complexe, partagé entre eau douce et eau salée, fait de l’anguille une espèce dite «migratrice amphihaline». Pourtant, en Europe et en Wallonie, ses populations ont fortement décliné ces dernières décennies. Selon de nombreuses études scientifiques et institutions européennes, la population de civelles a chuté de plus de 90 % depuis les années 1980. Plusieurs facteurs expliquent ce déclin : la dégradation de la qualité de l’eau, la présence d’obstacles (barrages, seuils, anciens moulins) qui entravent leur migration, mais aussi la surpêche, la pollution lumineuse…. Depuis 2008, l’anguille européenne est classée parmi les espèces en danger critique d’extinction par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). Pour soutenir l’espèce, des actions de réintroduction de civelles sont mises en place ponctuellement, comme celles réalisées en Wallonie. Ces opérations constituent un appui pour renforcer les populations locales. Toutefois, la restauration de la continuité écologique des cours d’eau et l’amélioration de leur qualité restent essentielles pour permettre à l’anguille de compléter son cycle de vie.

La végétalisation au bord des cours d’eau

La présence de plantes et d’arbres le long de nos rivières et ruisseaux est loin d’être un détail esthétique. Elle joue un rôle fondamental pour la santé de l’eau, des berges et de la biodiversité. Ce concept porte un nom : la ripisylve. Qu’est-ce que la ripisylve ? Le terme ripisylve désigne l’ensemble des formations végétales (arbres, arbustes, herbes) présentes sur les berges et les zones inondables bordant un cours d’eau. C’est en quelque sorte la forêt de la rivière. Cette bande végétalisée est vitale et remplit plusieurs fonctions écologiques essentielles telles que : la stabilisation des berges, la filtration, la création d’habitats, l’ombrage. Contrairement à une idée reçue, laisser les berges à nu n’est pas une solution : l’absence de racines favorise une érosion plus rapide du sol par le courant, menaçant la stabilité de la rive. De même, le dépôt des tontes de pelouse sur les berges est fortement déconseillé. En se décomposant, ces déchets verts libèrent des nutriments qui provoquent l’eutrophisation de l’eau (prolifération d’algues consommatrices d’oxygène) et étouffent la végétation indigène nécessaire à la stabilisation. Comment bien gérer la végétation des berges ? L’idéal est de stabiliser la berge avec des plantations, en privilégiant les essences indigènes naturellement adaptées à cet environnement humide, comme le saule et l’aulne. Pour renforcer l’efficacité des racines et éviter les chutes d’arbres, une technique de gestion courante est le recépage : Il s’agit de tailler les jeunes arbres ou arbustes au ras du sol ou à une faible hauteur. Au lieu de pousser en tronc unique, l’arbre réagit en produisant de nombreuses nouvelles tiges, formant un “buisson” dense. Ce mode de croissance permet de densifier l’enracinement et de rendre la berge plus solide. Souvent, on opte pour un mix entre cette technique (pour la densité racinaire au bord de l’eau) et le maintien de quelques arbres plus hauts (pour l’ombrage et l’habitat). Attention à la réglementation ! Il est important de noter que vous ne pouvez pas planter ou intervenir sur les berges comme bon vous semble. La réglementation impose des règles strictes pour les plantations, notamment une distance minimale de la crête de berge (la limite supérieure de la rive) qui peut varier. Ces travaux doivent être réalisés en collaboration avec le gestionnaire de cours d’eau local. N’hésitez donc pas à le contacter avant d’entamer des modifications.

Rencontres sauvages: la mulette épaisse

La Mulette épaisse (Unio crassus) est un mollusque bivalve d’eau douce essentiel à l’équilibre des écosystèmes aquatiques. Sa coquille épaisse et robuste caractérise cette espèce. Elle prospère dans les rivières et ruisseaux clairs, peu profonds, avec un courant modéré et un fond sableux ou graveleux. En tant qu’organisme filtreur, elle purifie l’eau en se nourrissant de particules en suspension. Son cycle de vie est particulier : les larves (glochidies) se développent temporairement sur les branchies ou nageoires de poissons hôtes comme le vairon. Une fois métamorphosées, les jeunes moules se détachent pour s’enfouir dans le substrat. Cette dépendance rend l’espèce vulnérable car elle est intimement liée à la présence de ces poissons. Autrefois plus répandue, la mulette épaisse a subi un déclin drastique en Belgique. Sa présence est désormais très limitée, principalement à quelques cours d’eau de Wallonie où les conditions sont encore favorables. En Belgique, elle est fortement protégée. Elle figure à l’Annexe II de la Directive Habitats, ce qui en fait une espèce d’intérêt communautaire nécessitant la création de Zones Spéciales de Conservation (ZSC). En Wallonie, elle est classée “en danger critique d’extinction” ou “en danger” sur les listes rouges régionales. Les principales menaces sont la dégradation de la qualité de l’eau, la modification des habitats et la diminution des populations de poissons hôtes. Des efforts de conservation sont en cours pour restaurer ses habitats et sensibiliser à sa protection. Le Contrat de Rivière Lesse prospecte régulièrement ses cours d’eau à la recherche de cette précieuse moule afin de mettre en place des actions concrètes nécessaires à sa protection. Article rédigé par Merry Frère – Chargée d’inventaire et animations