Le castor est une espèce de rongeur indigène: présent dans toute l’Europe jusqu’au Moyen-Âge, il a peu à peu disparu, pourchassé pour sa fourrure et son castoréum (sécrétion odorante utilisée en parfumerie). Il a fini par disparaitre complètement de Belgique vers 1850 avant de revenir en force sur notre territoire via une colonisation naturelle depuis l’Allemagne et des réintroductions illégales dans les années 90.

Mais pourquoi cet animal engendre tant de réactions?

Cela tient du fait qu’il va modifier profondément son milieu de vie tout comme les humains et dans un territoire où l’homme s’est approprié chaque parcelle, cela génère forcément des conflits.

Pourtant, au final, le castor ne fait que construire son habitat (terrier ou hutte), assurer sa sécurité grâce à des barrages (maintenir l’entrée de son logis sous eau) et gérer ses ressources alimentaires (couper des grands arbres pour éclaircir et laisser pousser de jeunes plants).

Il est vrai que son activité se heurte à l’occupation par l’homme: exploitation forestière, parcours de pêche, parcelles agricoles voire zone urbanisée. Cela peut générer des désagréments, parfois des frictions et remet sur la table la question du partage de l’espace.

Vivre avec un castor comme voisin n’est pas toujours simple.

Pourtant, la destruction de ses barrages n’est qu’une solution à (très) court terme: parfois difficile à réaliser (accès machine, quantité de matière, etc.), le castor n’hésitera pas à reconstruire encore et encore son ouvrage. Piéger les individus n’est pas plus efficient. Cela soulève d’abord la question du lieu de relâchement de l’animal capturé et, à plus long terme, n’empêche pas la recolonisation du site: un autre castor finira tôt ou tard par s’installer dans la zone.

 

Au final, il est important d’arriver à cohabiter avec lui : protéger les arbres que l’on souhaite conserver avec du grillage à poule, réguler le niveau des barrages vie des cages de Morency ou gérer les débordements peuvent être des solutions pour vivre avec le castor.

Toutefois, même si les aspects négatifs ne sont pas toujours négligeables, la cohabitation avec le castor peut nous apporter de nombreux bénéficies :

  • Pour la biodiversité: les zones créées par le castor contiennent une mosaïque de situations et de micro-habitats aquatiques ou semi-aquatiques. Habitats qui sont en régression partout ailleurs.
  • Pour lutter contre les sécheresses et les incendies: en stockant de l’eau, les barrages de castor permettent de réhydrater les sols et maintenir un niveau d’eau en aval lors des périodes d’étiages. De plus, en maintenant les fonds de vallées hydratés, le castor va limiter la propagation des feux de forêts et créer des zones refuges pour la faune.
  • Pour lutter contre les inondations : l’eau est ralentie, s’infiltre dans le sol, en somme elle dévale moins vite et en moindre quantité plus bas dans la vallée.
  • Pour la qualité de l’eau: retenue par les barrages, des eaux chargées (engrais, pesticides, égouts) s’épurent naturellement par un effet lagunage et cela limite l’eutrophisation de nos rivières.
  • Pour réapprendre à partager le territoire: le castor nous enseigne de manière très visible que nous ne sommes pas les seuls en tant qu’être humain à occuper le sol, laisser la place à la nature est essentiel. Pour rappel, le castor et son habitat restent protégés en Belgique.

Au final, le castor nous met au défi: se questionner sur notre accaparation de l’espace et sur le fait de lâcher prise pour que la nature reprenne ses droits dans certaines étendues.