Déjà 3 ans pour la Convention EEE

Depuis 2022, les 14 Contrats de rivière en Wallonie travaillent avec le SPW pour le suivi et la gestion des Espèces Exotiques Envahissantes (EEE).
Vivre avec le castor

Le castor est une espèce de rongeur indigène: présent dans toute l’Europe jusqu’au Moyen-Âge, il a peu à peu disparu, pourchassé pour sa fourrure et son castoréum (sécrétion odorante utilisée en parfumerie). Il a fini par disparaitre complètement de Belgique vers 1850 avant de revenir en force sur notre territoire via une colonisation naturelle depuis l’Allemagne et des réintroductions illégales dans les années 90. Mais pourquoi cet animal engendre tant de réactions? Cela tient du fait qu’il va modifier profondément son milieu de vie tout comme les humains et dans un territoire où l’homme s’est approprié chaque parcelle, cela génère forcément des conflits. Pourtant, au final, le castor ne fait que construire son habitat (terrier ou hutte), assurer sa sécurité grâce à des barrages (maintenir l’entrée de son logis sous eau) et gérer ses ressources alimentaires (couper des grands arbres pour éclaircir et laisser pousser de jeunes plants). Il est vrai que son activité se heurte à l’occupation par l’homme: exploitation forestière, parcours de pêche, parcelles agricoles voire zone urbanisée. Cela peut générer des désagréments, parfois des frictions et remet sur la table la question du partage de l’espace. Vivre avec un castor comme voisin n’est pas toujours simple. Pourtant, la destruction de ses barrages n’est qu’une solution à (très) court terme: parfois difficile à réaliser (accès machine, quantité de matière, etc.), le castor n’hésitera pas à reconstruire encore et encore son ouvrage. Piéger les individus n’est pas plus efficient. Cela soulève d’abord la question du lieu de relâchement de l’animal capturé et, à plus long terme, n’empêche pas la recolonisation du site: un autre castor finira tôt ou tard par s’installer dans la zone. Au final, il est important d’arriver à cohabiter avec lui : protéger les arbres que l’on souhaite conserver avec du grillage à poule, réguler le niveau des barrages vie des cages de Morency ou gérer les débordements peuvent être des solutions pour vivre avec le castor. Toutefois, même si les aspects négatifs ne sont pas toujours négligeables, la cohabitation avec le castor peut nous apporter de nombreux bénéficies : Pour la biodiversité: les zones créées par le castor contiennent une mosaïque de situations et de micro-habitats aquatiques ou semi-aquatiques. Habitats qui sont en régression partout ailleurs. Pour lutter contre les sécheresses et les incendies: en stockant de l’eau, les barrages de castor permettent de réhydrater les sols et maintenir un niveau d’eau en aval lors des périodes d’étiages. De plus, en maintenant les fonds de vallées hydratés, le castor va limiter la propagation des feux de forêts et créer des zones refuges pour la faune. Pour lutter contre les inondations : l’eau est ralentie, s’infiltre dans le sol, en somme elle dévale moins vite et en moindre quantité plus bas dans la vallée. Pour la qualité de l’eau: retenue par les barrages, des eaux chargées (engrais, pesticides, égouts) s’épurent naturellement par un effet lagunage et cela limite l’eutrophisation de nos rivières. Pour réapprendre à partager le territoire: le castor nous enseigne de manière très visible que nous ne sommes pas les seuls en tant qu’être humain à occuper le sol, laisser la place à la nature est essentiel. Pour rappel, le castor et son habitat restent protégés en Belgique. Au final, le castor nous met au défi: se questionner sur notre accaparation de l’espace et sur le fait de lâcher prise pour que la nature reprenne ses droits dans certaines étendues.
Le castor, un ingénieur dans nos rivières

La saison du monitoring pour le castor européen se termine : nous profitons en effet de l’hiver pour repérer plus facilement ses traces (écorçage, chantiers d’abattage, coulées, arbres coupés, …) et estimer l’étendue de son territoire. Le castor est le seul animal avec l’homme qui modifie son habitat en construisant des structures parfois très impressionnantes : des barrages. C’est bel et bien un ingénieur ! Ces barrages, faits de branchages, bois coupés, boue et feuilles, lui servent à ennoyer une zone de fond de vallée pour protéger l’entrée de son gîte (un terrier ou une hutte) mais également pour faciliter l’accès à ses réserves de nourriture : le saule, la reine-des-prés, les ronces, le castor est un herbivore strict et se nourrit exclusivement de végétaux. En deux années, nous avons pu revoir 168 sites à castor sur le sous-bassin : 138 sites bien actifs et 30 sites anciens (où aucune trace récente n’a été observée mais où le castor était autrefois présent). Mais du travail reste encore à accomplir : chaque année, nous découvrons de nouveaux territoires aménagés par notre rongeur vu que le castor est en pleine expansion et il faut également aller revérifier des sites qui n’ont pas été revus depuis quelques années (environ 40 territoires). Pour rappel, le castor européen est bien une espèce indigène contrairement à ses cousins rongeurs américains comme le ragondin ou le rat musqué. Ces deux derniers étant invasifs et considérés comme problématiques. Même si sa présence peut poser des problèmes en termes de cohabitation, ce qu’on oublie parfois, c’est que le castor peut rendre d’énormes services à nos écosystèmes : ses constructions ralentissent l’eau et peuvent avoir un impact sur les inondations en « lissant » le pic de crue ; ses retenues d’eau permettent également de soutenir l’étiage de nos cours d’eau en période de sécheresse ; ses territoires sont des refuges pour la biodiversité aquatique (amphibiens, odonates, etc.); au final, le castor pourrait être un allié précieux pour atténuer les effets du changement climatique. Son travail d’ingénieur peut trouver un parallèle avec le génie civil humain : finalement, les ZIT (Zone d’Immersion Temporaire) que l’on souhaite construire pour atténuer partiellement les inondations, ont des effets similaires aux barrages de castor ! Nous parlions plus haut de souci de cohabitation : une solution parfois facile à mettre en place est un grillage qui permettra de protéger vos arbres. Il faut savoir que le castor est une espèce strictement protégée et qu’il est interdit de détruire un barrage, de le déplacer, le capturer ou le tuer. Dans certains cas exceptionnels, lorsque ses ouvrages posent un problème de sécurité, des dérogations peuvent être octroyées par le DNF (Département Nature et Forêt) notamment pour écrêter ses barrages. Il faut savoir toutefois que cette solution d’écrêtage reste peu efficace : le castor est infatigable et n’hésite pas à reconstruire son barrage durant la nuit ! En plus de cet inventaire, le Contrat de Rivière Lesse propose régulièrement des animations sur le castor dans les écoles et a également participé à la mise en valeur d’un site sur la Commune de Rochefort sur le ruisseau de Parfondry au travers d’un panneau didactique. Article rédigé par Quentin Pirotte, Chargé de mission EEE